Le trait de côte constitue la limite entre le domaine marin et le domaine continental au cours d’une période donnée, et définir sa position dépend de l’indicateur retenu. Celui-ci varie d’un segment littoral à l’autre, car il dépend notamment des conditions marégraphiques (milieu macrotidal/microtidal), du type de côte (côte rocheuse, côte sableuse, marais maritime, côte artificielle) et de la méthode de levé (levé sur le terrain/levé numérique). Pour le SHOM (Service Hydrographique de la Marine), le trait de côte correspond à la «laisse des plus hautes mers dans le cas d’une marée astronomique de coefficient 120 et dans des conditions météorologiques normales», mais d’autres indicateurs peuvent être utilisés pour le positionner (voir fiche de synthèse). Par exemple, il peut également être défini par des limites altimétriques (ex : ligne correspondant à l’altitude d’une haute mer moyenne), morphologiques (ex : pied de dune, sommet ou pied de falaise, berme,…), hydrodynamiques (ex : limite du jet de rive, limite sable mouillé/sable sec), botaniques (ex : limite d’habitat dunaire, limite supérieure du schorre), ou anthropiques (ex : base ou sommet d’un ouvrage de défense côtière).

Le trait de côte n’est fixe ni dans le temps ni dans l’espace. Il est soumis à des phénomènes d’érosion (recul du trait de côte) et dans certains cas à une progression (progradation). Cette mobilité pose en particulier problème dans le premier cas, lorsque des enjeux humains ou non-humains sont situés dans les zones en érosion.

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Les processus en cause

De nombreux processus d’érosion agissent sur le littoral et contribuent à ce recul. Ces processus sont essentiellement marins (ex : déferlement) et dans certains cas authentiquement continentaux (ex : ravinement). Ils peuvent agir seuls mais sont le plus souvent associés et s’accomplissent alors de manière synchrone (combinaison de processus) ou différée (relais de processus).

Le recul du trait de côte, qui se définit comme la progression durable de la mer sur l’espace continental, résulte de l’action répétée des processus précités. Il concerne aussi bien les côtes meubles (plages, dunes, marais maritimes) que les côtes rocheuses (falaises ou basses côtes rocheuses). Commandé par les processus d’érosion en action sur le littoral, ce recul tient également à d’autres paramètres parmi lesquels figurent les caractéristiques des stocks sédimentaires, les courants marins côtiers, l’eustatisme (variation durable du niveau des océans) et certaines actions anthropiques (ex : surfréquentation des massifs dunaires).

L’érosion marine relève surtout de l’action des vagues et des houles lorsqu’elles déferlent (photographie 1). Le déferlement se produit à la côte en raison de la diminution de la profondeur, et son pouvoir érosif peut être amplifié par les abrasifs transportés par l’eau de mer (sables) ou par les éléments de crible que le déferlement mobilise (galets) (photographie 2). Moins connue, l’haloclastie appartient également à la catégorie des processus d’érosion littoraux. Elle désigne l’action mécanique de la cristallisation du sel dans les fissures des roches ou ses discontinuités (photographie 3).


Photo de houle de sud-ouest sur le platier rocheux précédant les falaises de la pointe Saint-Gildas (commune de Préfailles, Loire-Atlantique).

Photographie 1 : déferlement d’une houle de sud-ouest sur le platier rocheux précédant les falaises de la pointe Saint-Gildas (commune de Préfailles, Loire-Atlantique). Cliché pris le 14 novembre 2016. © OR2C – R. Kerguillec.


Photo d'accumulation de galets à la base d’une falaise vive (commune de Jard-sur-Mer, Vendée).

Photographie 2 : accumulation de galets à la base d’une falaise vive (commune de Jard-sur-Mer, Vendée). Ces débris amplifient l’action érosive de la mer lorsqu’ils sont mis en mouvement par le déferlement et criblent la base de la falaise. Cliché pris le 6 juillet 2016. © OR2C – R. Kerguillec.


Photo d'alvéolisation à la base d’une falaise vive, provoquée par l’haloclastie (commune de Jard-sur-Mer, Vendée).

Photographie 3 : alvéolisation à la base d’une falaise vive, provoquée par l’haloclastie (commune de Jard-sur-Mer, Vendée). Cliché pris le 6 juillet 2016. © OR2C – R. Kerguillec.

Certains processus d’érosion de type continental agissent également en domaine côtier. Ils concernent principalement l’érosion linéaire par les eaux courantes (ravinement) qui affecte en particulier la partie supérieure des falaises lorsqu’elle est composée de roches tendres ou recouverte par des formations meubles (photographie 4). Cette catégorie comprend également les mouvements de masse qui sont des processus gravitaires désignant la mobilisation simultanée d’un volume important de matériaux sur une pente ou une paroi. Ces mouvements affectent aussi bien les roches cohérentes (éboulements) que les matériaux meubles (glissements de terrain).


Photo d'un ravinement dans les formations quaternaires entamant le rebord de la falaise de Jard-sur-Mer (Vendée).

Photographie 4 : ravinement dans les formations quaternaires entamant le rebord de la falaise de Jard-sur-Mer (Vendée). Ce phénomène est dû à l’action du ruissellement concentré. Il affecte en particulier les formations meubles notamment lorsqu’elles sont dépourvues d’une couverture végétale protectrice. Cliché pris le 6 juillet 2016. © OR2C – R. Kerguillec.

Le recul du trait de côte et ses rythmes

Le recul du trait de côte n’est pas un phénomène uniformément réparti dans l’espace parce qu’il affecte des secteurs plus sensibles que d’autres ou soumis à des processus d’érosion plus efficaces. Il est également irrégulier dans le temps, les processus en question opérant de manière intermittente (ex : déferlement à marée haute, zones atteintes uniquement lors des grandes marées de vives eaux,…) voire saisonnière, et pouvant être exacerbés lors des évènements météo-marins (coups de vent, tempêtes,…).

Malgré tout, ce recul est souvent exprimé par une vitesse moyenne (m/an), qui a l’inconvénient de ne pas rendre compte des rythmes de l’érosion. Par exemple, elle ne permet pas de distinguer des séquences d’érosion mettant en jeu des mouvements de masse actifs sur des temps très courts et aboutissant localement à des reculs significatifs (érosion par « à-coups ») comme ce fut le cas au cours de l’hiver 2013-2014 dans certains secteurs côtiers des Pays de la Loire (figure 1). L’emploi de la vitesse moyenne de recul demeure malgré tout très courant et reste un outil pertinent pour la gestion du risque. Le recul du trait de côte peut également être quantifié par une surface (surface perdue ou gagnée) dans le cas des côtes d’accumulation.